LES LETTRES CATALANES EN DEUIL : BALTASAR PORCEL PRIX MEDITERRANEE 2003 S'EST ETEINT

LES LETTRES CATALANES EN DEUIL : BALTASAR PORCEL PRIX MEDITERRANEE 2003 S'EST ETEINT
Le Blog littéraire d'André Bone, jeudi 2 juillet 2009. Le grand écrivain catalan Baltasar Porcel s'est éteint hier suite à une longue maladie. Figure emblématique de la littérature catalane, il luttait depuis plusieurs années contre le cancer. Fidèle à Perpignan où il se rendait régulièrement depuis l'obtention du Prix Méditerranée en 2003 pour Cabrera ou l'empereur des morts (Actes Sud), Baltasar Porcel avait fait école et entraîné dans la capitale nord catalane les grands écrivains barcelonais tels Josep Cabre ou Albert Sanchez Pinol pour des rencontres en compagnie du Centre Méditerranéen de Littérature et la Ville de Perpignan, à travers la Sant Jordi.

Baltasar Porcel devait être présent à Perpignan cet automne pour fêter, en compagnie des autres lauréats, les 25 ans du prix Méditerranée. Un hommage solennel lui sera rendu par ses nombreux amis, parmi lesquels Tahar Ben Jelloun, de l'Académie Goncourt et l'écrivain catalan Alex Suzanna.
Né en 1937 à Majorque Baltasar Porcel était un enfant de la Méditerranée, un écrivain prolifique aux talents multiformes. Il fut romancier, dramaturge, essayiste et journaliste (il était éditorialiste à la Vanguardia). Considéré comme un des auteurs les plus populaires de la littérature catalane, Baltasar Porcel avait un univers, une passion pour les mots et une dette envers son île.
Cette amitié au CML l'avait amené à proposer à la maison nord-catalane : les Editions Balzac, la publication en Français d'un de ses livres qui lui tenait le plus à c½ur : «La Révolte permanente» document sur le mouvement
libertaire en Catalogne, et dont la parution est prévue pour cet automne. Ses livres sont traduits en castillan, français, anglais et allemand. La chapelle ardente de l'écrivain majorquin se tiendra ce vendredi 3
juillet au siège du Ministère de la Culture, Palais Moja de Barcelone, avant qu'il ne soit enterré samedi dans sa ville natale d'Andratx


Légende de la photo : Baltasar Porcel (au premier plan) lors d'une remise du Prix International de Catalogne, au Palau de la Generalitat en compagnie de son éditeur, d'André Bonet, président du CML de Christine Lavaill des éditions Balzac et du président de la Generalitat de l'époque Jordi Pujol.
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# Posté le jeudi 02 juillet 2009 12:09

QUELLE REPRESENTATIONS AVONS-NOUS DE NOTRE AVENIR PROFESSIONNEL? CHRISTIAN THIEBAUT REPOND A LA QUESION DANS SON LIVRE " DESSINE-MOI UN AVENIR PROFESSIONNEL"

QUELLE REPRESENTATIONS AVONS-NOUS DE NOTRE AVENIR PROFESSIONNEL? CHRISTIAN THIEBAUT REPOND A LA QUESION DANS SON LIVRE " DESSINE-MOI UN AVENIR PROFESSIONNEL"
Le Blog littéraire d'André Bonet, samedi 27 juin 2009. Quelles représentations avons-nous de notre parcours professionnel et de notre avenir professionnel ? Le contexte actuel amène tout salarié à changer d'emploi plusieurs fois dans sa carrière. Christian Thiébaut, auteur de "Dessine-moi un avenir professionnel" nous propose un test à partir d'une question d'apparence anodine : quelles sont vos représentations de l'orientation professionnelle ? L'ouvrage nous plonge au coeur des représentations de l'orientation professionnelle pour explorer leurs images et leurs métaphores. Passionnant !

Quelles représentations avons-nous de notre parcours professionnel (parcours passé et situation présente) ? Quelles représentations avons-nous de notre avenir professionnel ? Telles sont les questions qui guident la lecture de ce livre. Dans un contexte ou tout salarié est amené à changer d'emploi, plusieurs fois dans sa carrière, ce questionnement devient déterminant. Pour explorer les représentations, Christian Thiébaut nous propose un test à partir d'une question d'apparence anodine : quelles sont vos représentations de l'orientation professionnelle ? En analysant des graphiques réalisés par des adultes, il nous plonge au coeur des représentations de l'orientation professionnelle pour explorer leurs images et leurs métaphores. Il identifie les freins et les facilitateurs dans la gestion de carrière. De nombreux graphiques illustrent le propos. La dimension symbolique, très présente dans les représentations de l'orientation professionnelle est elle aussi, objet d'analyse. Cet ouvrage s'adresse aux personnes qui réalisent un bilan de compétences, aux formateurs en orientation professionnelle, aux conseillers en orientation, aux coachs ainsi qu'aux personnes qui souhaitent relire leur parcours professionnel, et à celles qui n'osent pas encore !
Christian THIEBAUT a créé le cabinet AXENCE Conseil (Nancy) spécialisé en gestion des ressources
humaines. Titulaire d'un Master « Direction d'entreprise et management stratégique » de l'ESCP-EAP (Paris).
Passionné par l'orientation professionnelle, il a enseigné pendant 10 ans les stratégies d'aide à l'orientation professionnelle. Il a plus de 20 ans d'expérience en gestion de carrière et coache des salariés et des dirigeants à réussir leurs changements professionnels. Il intervient comme conseil auprès d'entreprises et d'organisations (collectivités, associations) en développement des ressources humaines.

DESSINE-MOI UN AVENIR PROFESSIONNEL !
Nos représentations de l'orientation professionnelle
Christian Thiebaut
Préface de Philippe Gabilliet
EDUCATION FORMATION GESTION, MANAGEMENT, ENTREPRISES SOCIOLOGIE DU TRAVAIL
208 pages, 21 ¤
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# Posté le samedi 27 juin 2009 08:49
Modifié le samedi 27 juin 2009 09:35

RENCONTRE EXCEPTIONNELLE AUTOUR DU LIVRE DE CLAUDE LANZMANN "LE LIEVERE DE PATAGONIE"

RENCONTRE EXCEPTIONNELLE AUTOUR DU LIVRE DE CLAUDE LANZMANN "LE LIEVERE DE PATAGONIE"
Le Blog littéraire d'André BONET, vendredi 19 juin 2009. Écrits dans une prose magnifique et puissante, les Mémoires de l'auteur de la Shoah disent toute la liberté et l'horreur du XXe siècle, faisant du Lièvre de Patagonie (Gallimard) un livre unique qui allie la pensée, la passion, la joie, la jeunesse, l'humour, le tragique. Le Lièvre de Patagonie est un grand livre, la traversée en spirale d'un quasi-siècle qui s'avère une contribution aussi décisive à la littérature que Shoah le fut au cinéma. La rencontre exceptionnelle avec Claude Lanzmann, mercredi 17 juin en présence du Président Philippe Benguigui et de Madame Edith Moskovic, déléguée régionale de Yad Vashem, a permi de fixer les enjeux de sa venue à Perpignan dans le cadre des festivités qui marqueront en décembre prochain le 25° anniversaire du prix Méditerranée.

Né en 1925, Claude Lanzmann dirige «les Temps modernes» depuis la mort de Simone de Beauvoir en 1986. Il est l'auteur de plusieurs films dont «Pourquoi Israël», «Tsahal», «Sobibor» et «Shoah» (le film et son texte intégral sont disponibles chez Gallimard). Il vient de publier ses Mémoires: «le Lièvre de Patagonie», chez Gallimard. Extrait : "Quand venait l'heure de nous coucher et de nous mettre en pyjama, notre père restait près de nous et nous apprenait à disposer nos vêtements dans l'ordre très exact du rhabillage. Il nous avertissait, nous savions que la cloche de la porte extérieure nous réveillerait en plein sommeil et que nous aurions à fuir, comme si la Gestapo surgissait. "Votre temps sera chronométré", disait-il, nous ne prîmes pas très longtemps la chose pour un jeu. C'était une cloche au timbre puissant et clair, actionnée par une chaîne. Et soudain, cet inoubliable carillon impérieux de l'aube, les allers-retours du battant de la cloche sur ses parois marquant sans équivoque qu'on ne sonnait pas dans l'attente polie d'une ouverture, mais pour annoncer une brutale effraction. Sursaut du réveil, l'un de nous secouait notre petite s½ur lourdement endormie, nous nous vêtions dans le noir, à grande vitesse, avec des gestes de plus en plus mécanisés au fil des progrès de l'entraînement, dévalions les deux étages, sans un bruit et dans l'obscurité totale, ouvrions comme par magie la porte de la cour et foncions vers la lisière du jardin, écartions les branchages, les remettions en place après nous être glissés l'un derrière l'autre dans la protectrice anfractuosité, et attendions souffle perdu, hors d'haleine. Nous l'attendions, nous le guettions, il était lent ou rapide, cela dépendait, il faisait semblant de nous chercher et nous trouvait sans jamais faillir. À travers les branchages, nous apercevions ses bottes de SS et nous entendions sa voix angoissée de père juif : "Vous avez bougé, vous avez fait du bruit. – Non, Papa, c'est une branche qui a craqué. – Vous avez parlé, je vous ai entendus, ils vous auraient découverts." Cela continuait jusqu'à ce qu'il nous dise de sortir. Il ne jouait pas. Il jouait les SS et leurs chiens. »

Gilles Anquetil pour Le Nouvel Observateur lui a posé la question suivante : - Votre livre, «le Lièvre de Patagonie», montre que votre relation à la judéité a été confuse et progressive. Quel rôle ont joué les «Réflexions sur la question juive» de Sartre, dans la façon dont vous êtes devenu juif?

Claude Lanzmann. - Elle a été plus brutale et complexe que «confuse». Le livre de Sartre a joué un rôle décisif, moins dans la façon dont je suis devenu juif que dans celle dont je suis devenu français. Il m'a aidé à respirer en France, à accepter le sourire des Français et à le leur rendre. J'ai vécu, enfant, l'antisémitisme d'avant-guerre, dans la peur, dans la honte quelquefois. Je ne connaissais rien à la culture, à la tradition et à la religion juives. Le portrait de l'antisémite tel qu'il était brossé par le plus grand écrivain français a été une vraie libération intérieure, pas seulement pour moi, mais pour beaucoup d'autres de ma génération. Pourtant, j'avais été résistant, je m'étais battu contre les Allemands, mais l'antisémitisme n'avait pas disparu miraculeusement avec la Libération.
Le livre de Sartre a donc été très important pour moi dans mon rapport à la France, plus que dans celui avec les juifs. Devenir ce que Sartre appelle un «juif authentique» a été un long processus. L'idée sartrienne que c'est l'antisémite qui crée le juif était en réalité très abstraite. Mon premier voyage en Israël date de 1952, quatre ans après la création de l'Etat. La découverte d'un monde juif a été un choc profond: je le montre par des scènes cocasses aussi bien dans mon film «Pourquoi Israël» que différemment dans mon livre. Un pays dans lequel tous sont juifs générait un étonnement sans fin. La normalité d'Israël était l'anormalité même. Quand je suis revenu en France, j'ai longuement parlé avec Sartre, lui disant qu'il fallait tout repenser. Il était d'accord.

LE LIÈVRE DE PATAGONIE, 560 pages, Collection blanche, Gallimard, 25 ¤
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# Posté le vendredi 19 juin 2009 02:10
Modifié le vendredi 19 juin 2009 12:16

LE PRIX MEDITERRANNEE 2009 POUR ALEXANDRE NAJJAR

LE PRIX MEDITERRANNEE 2009 POUR ALEXANDRE NAJJAR
Le jury du prix Méditerranée s'est réuni mardi 12 mai pour décerner ses prix. Le prix Méditerranée a été attribué à Alexandre Najjar pour son roman Phénicia (Plon). Le prix Méditerranée étranger a couronné quant à lui le livre de l'espagnole Almuneda Grandes, Le c½ur glacé (Lattès). Le jury était réuni au Conseil constitutionnel en présence de son président Jean-Louis Debré, de l'Ambassadeur Yves Gazzo et de Renaud Muselier, Président du Conseil Culturel de l'Union pour la Méditerranée. Aujourd'hui, le Prix Méditerranée s'inscrit pleinement dans le cadre du lancement de l'Union pour la Méditerranée. Puisse-t-il contribuer à poursuivre sa mission de dialogue entre les cultures qui bordent les rives du bassin méditerranéen

Né à Beyrouth en 1967, auteur de romans historiques, de récits, de biographies traduits dans une douzaine de langues, Alexandre Najjar est considéré comme l'un des meilleurs écrivains francophones de sa génération. Il a obtenu, en 1990, la Bourse de l'écrivain de la Fondation Hachette et en 1996 le Prix littéraire de l'Asie. Il vit entre Paris et Beyrouth où il exerce le métier d'avocat et les fonctions de conseiller au ministère libanais de la Culture.Le prix Méditerranée étranger 2009 a couronné quant à lui le livre de l'espagnole Almuneda Grandes, Le c½ur glacé (Lattès), également au deuxième tour, par dix voix contre trois à Niccolo Ammaniti (Comme Dieu le veut, Grasset). Une mention spéciale du jury est allée à Alain de Savigny pour son roman L'espionne ottomane (Koutoubia). En décernant cette mention, le prix Méditerranée a voulu non seulement consacrer un roman historique centré sur la Méditerranée au temps de Soliman le Magnifique, mais aussi saluer la naissance des éditions Koutoubia.
Le prix Méditerranée est parrainé par la Ville de Perpignan, le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, la Région Languedoc-Roussillon et la Caisse d'Epargne du Languedoc-Roussillon.
Le Prix Méditerranée, créé en 1984 à Perpignan par le Centre Méditerranéen de littérature (C.M.L.) a pour ambition de valoriser l'espace culturel entre les différents pays dont la Méditerranée est le creuset.
C'est en présence de l'historien Fernand Braudel de l'Académie française et d'André Stil de l'Académie Goncourt, qui ont tous deux des attaches en Catalogne, que l'équipe du CML lance alors l'idée de la création d'un prix littéraire destiné à reconstruire, au fil des années, le récit épique des diversités fondatrices de l'identité méditerranéenne. En 1984, le jury-fondateur est constitué autour d'Hervé Bazin, Président de l'Académie Goncourt, de quatre autre académiciens Goncourt : Emmanuel Roblès, François Nourissier, François Mallet-Joris et André Stil, ainsi que de cinq membres de l'Académie française : Edgar Faure, Jean d'Ormesson, Maurice Rheims, Jacqueline de Romilly et Fernand Braudel. Ecrivains et journalistes siègent à leur côté : Patrick Poivre d'Arvor, Henry Bonnier, Frédérick Tristan, Eric Roussel, Georges-Emmanuel Clancier... Sur proposition d'Hervé Bazin, la présidence du jury est offerte à Edgar Faure, ancien président du Conseil et de l'Assemblée nationale. Jean d'Ormesson succède à Edgar Faure à la tête du jury, avant de céder la présidence à François Nourissier en 1996, puis à André Brincourt en 2003. Outre les membres fondateurs, le jury est aujourd'hui constitué d'écrivains, dont certains sont d'anciens lauréats ou membres des deux académies, mais également d'autres prix tels le Femina, le Renaudot et le Médicis. Tous ont en commun la passion de la méditerranée et, par le livre et la culture, ont l'espoir de voir se réconcilier tous les peuples qui la composent.
Depuis sa création, le Prix Méditerranée n'a cessé de récompenser de nouveaux talents tels Philippe le Guillou (Prix Méditerranée 1990 et Prix Médicis 1997) ; Robert Solé (Prix Méditerranée 1992, aujourd'hui directeur du Monde des livres) ; Jean- Christophe Ruffin (Prix Méditerranée 1997, Prix Goncourt 2001 et élu à l'Académie française en 2008) ; Sandro Veronesi (Prix Méditerranée 2008 en mars, et en novembre 2008 Prix Médicis étranger) ou de grands écrivains du bassin méditerranéen, comme Jean Daniel, Jean-Pierre Vernant, Dominique Fernandez, de l'Académie française, Edmonde Charles-Roux, de l'académie Goncourt, Arturo Perez-Reverte, Juan Goytisolo, Adonis, Umberto Eco, Claudio Magris ou Orhan Pamuk (Prix Méditerranée 2006 et, quelques jours après la remise, couronné par le Prix Nobel de littérature.)
Cette 25e édition du Prix Méditerranée s'est avérée exceptionnelle, tant par le nombre de participants dans les deux catégories, que par la grande qualité des ouvrages et des auteurs qui étaient en compétition.
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# Posté le mercredi 13 mai 2009 17:25
Modifié le mercredi 13 mai 2009 18:20

HOMMAGE AU DOCTEUR AHMAD AKKARI : AMIN MAALOUF LE DIMANCHE 24 MAI PROCHAIN EN ROUSSILLON

HOMMAGE AU DOCTEUR AHMAD AKKARI : AMIN MAALOUF LE DIMANCHE  24 MAI PROCHAIN EN ROUSSILLON
Ecrivain, né au Liban, Amin Maalouf est l'auteur de «Léon l'Africain», «le Rocher de Tanios» (prix Goncourt 1993) et «Origines» (prix Méditerranée 2000) . Les romans de Amin Maalouf sont marqués par ses expériences de la guerre civile et de l'immigration. Ils sont caractérisés par des voyageurs ambulants entre les terres, les langues, et les religions. Son précédent essai, «les Identités meurtrières», a remporté un vif succès. Il vient de publier «le Dérèglement du monde» chez Grasset.L'écrivain franco-libanais présentera son nouvel essai dans lequel il dénonce l'épuisement simultané des civilisations arabo-musulmane et occidentale au CML le 24 mai prochain.

Vous reprochez au monde arabo-musulman l'indigence de sa conscience morale et à l'Occident sa propension à transformer la sienne en instrument de domination. Ces deux civilisations ont- elles atteint leurs limites ?

Amin Maalouf. - Je suis effectivement très critique à l'égard de ces deux «aires de civilisation» auxquelles j'appartiens. Le monde arabo-musulman traverse une crise si profonde, si traumatisante qu'il ne semble plus capable d'avoir un comportement éthique cohérent. Dans de nombreux pays, on observe des pratiques vexatoires, discriminatoires, parfois ouvertement racistes contre les travailleurs immigrés, les minorités ethniques ou religieuses, certaines catégories de la population, sans que cela suscite de véritable indignation hors d'un petit cercle de personnes éclairées. On aurait pu s'attendre à ce que la croyance religieuse aiguise le sens moral. Mais c'est souvent l'inverse qui se produit. Comme si, en proclamant sa foi, on pouvait se dispenser d'avoir également des valeurs «civiles». Ma critique de l'Occident se situe à un autre niveau. Les valeurs, il en parle sans arrêt. On le croirait constamment engagé dans la lutte pour la liberté, la démocratie, les droits de l'homme. Mais trop souvent il utilise ces notions de manière sélective, quand cela lui convient; il les brandit comme des armes dans sa lutte contre ses adversaires, puis il les escamote soigneusement lorsqu'il traite avec ses alliés, ses protégés, ses clients ou ses fournisseurs. De ce fait, la crédibilité morale devient, à notre époque, une denrée rare. L'Occident en a de moins en moins, et le reste du monde n'en a pas beaucoup.


Vous écrivez que l'une des conséquences les plus néfastes de la mondialisation est d'avoir mondialisé les communautarismes. Comment s'immuniser aujourd'hui contre le poison des identités figées et meurtrières ?

A. Maalouf. - A l'époque qui est la nôtre, mettre en avant son appartenance religieuse est une manifestation de particularisme mais également une forme d'internationalisme, puisqu'on transcende ainsi les frontières politiques, ethniques, raciales et autres. C'est dans ce sens qu'on pourrait parler de «tribalisme planétaire». Une réalité paradoxale, née de la conjonction entre deux bouleversements majeurs qui ont façonné notre monde au cours des dernières décennies, à savoir la révolution informatique, qui a favorisé chez nos contemporains une vision globale des choses, et la faillite du communisme, qui a modifié l'atmosphère intellectuelle globale au profit des doctrines identitaires, notamment celles qui s'adossent à la religion.
C'est là, de mon point de vue, une évolution inquiétante, et qu'il ne sera pas facile de contrer dans les années qui viennent. Il faudrait néanmoins s'atteler à bâtir une nouvelle conception de l'identité qui soit plus conforme aux exigences de notre époque; une conception qui intègre la dimension religieuse, mais aux côtés de plusieurs autres facteurs d'appartenance; et qui permette à chaque personne d'assumer les diverses composantes de son identité - ses nationalités, ses langues, ses croyances - sans se sentir constamment sommée de choisir.
Le débat sur l'identité est si délicat que l'on préfère souvent l'esquiver - en France, en Europe et ailleurs. Mais le non-dit est un territoire d'ombre où se développent des monstres. Nous sommes face à un problème majeur de notre temps, et notre génération a le devoir d'en débattre avec sérénité, pour élaborer des solutions. En particulier, il est important que l'on puisse distinguer ce qui constitue les valeurs essentielles d'une société, et qui doit être commun, de ce qui relève de la diversité culturelle, et qui a vocation à demeurer disparate.

Pour vous, le dérèglement du monde passe par la crise générale de la légitimité politique, idéologique et religieuse. Elle touche aussi bien le monde arabe que l'Occident. Pourquoi ?

A. Maalouf. - Il y a deux crises de la légitimité, qui sont de nature différente, mais qui contribuent ensemble au dérèglement. La première concerne le monde arabe, qui ne se reconnaît plus dans ses gouvernants, et où une partie significative de la population éprouve de la sympathie pour des mouvements militants que le reste du monde considère comme des hors-la-loi. On peut obtenir sa légitimité soit en remportant des élections libres, soit en s'identifiant aux combats de son peuple. Je ne connais pas beaucoup de chefs d'Etat arabes qui répondent à l'un ou l'autre de ces critères. Il fut un temps où les Arabes se reconnaissaient dans leurs dirigeants, tel le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Ce n'était pas un âge d'or, mais les foules ne se trouvaient pas alors dans une logique de désespoir. S'agissant de l'Occident, le problème ne se situe pas sur le même plan. Le président des Etats-Unis est parfaitement légitime dans son pays; mais, dans la mesure où il joue un rôle de «suzerain planétaire», il est normal que l'on se demande : «De quel droit ?» Dans un monde parvenu à un haut degré d'interdépendance globale, une telle question ne peut être occultée. Même si elle se pose avec moins d'insistance lorsque la Maison-Blanche est occupée par un homme comme Barack Obama envers lequel les autres nations n'éprouvent pas d'hostilité.

Vous exprimez dans votre livre «la colère d'un minoritaire d'Orient». Qu'est-ce qui vous inquiète et vous révolte le plus ?

A. Maalouf. - Nous avons assisté ces dernières années à l'anéantissement d'une présence chrétienne en Irak qui datait d'environ dix-huit siècles sans que cela suscite dans le monde une grande indignation. Il se fait que je viens moi-même d'une communauté minoritaire, mais ce n'est pas cela qui explique ma colère. Le sort des minorités n'est pas seulement un problème pour les minoritaires; pour toute société humaine, il constitue, avec le sort des femmes, l'un des révélateurs les plus sûrs de l'avancement moral ou de la régression. Un monde où toute personne peut s'exprimer dans la langue de son choix, professer paisiblement ses croyances et assumer sereinement ses origines sans subir l'hostilité ni le dénigrement, que ce soit de la part des autorités ou de la population, c'est un monde qui avance, qui progresse, qui s'élève. A l'inverse, lorsqu'il devient chaque jour un peu plus difficile d'être sereinement soi-même, de pratiquer librement sa langue ou sa foi, comment ne pas parler de régression ?

Pour vous, c'est d'abord auprès des immigrés en Occident que la grande bataille de notre époque doit être menée. Quel rôle peuvent-ils jouer vis-à-vis de leur pays d'origine et de leur pays d'accueil ?

A. Maalouf. - Si le monde se voit partagé aujourd'hui en «civilisations» rivales, c'est d'abord dans l'esprit des immigrés, hommes et femmes, que ces «civilisations» s'affrontent. Et c'est effectivement auprès d'eux que la bataille sera gagnée ou perdue. Ou bien l'Occident parviendra à les reconquérir, à retrouver leur confiance, à les rallier aux valeurs qu'il proclame, faisant d'eux des intermédiaires éloquents dans ses rapports avec le reste du monde; ou bien ils deviendront son plus grave problème. Les migrants devraient être encouragés à jouer pleinement leur rôle d'«interface», véhiculant dans les deux sens des compétences, des idées, des expériences, des sensibilités, des valeurs. Pour cela, ils devraient pouvoir appartenir pleinement à leur société d'origine comme à leur société d'accueil sans se sentir constamment sommés de choisir. De mon point de vue, l'un des facteurs indispensables à cette double appartenance se situe au plan linguistique. Un migrant a le devoir d'étudier et de pratiquer la langue de son pays d'accueil, mais il devrait également être encouragé à ne pas oublier la langue de son pays d'origine, et à la transmettre à ses enfants. C'est souvent parce que sa langue est déconsidérée, y compris par lui-même, qu'un immigré met en avant d'autres aspects de son identité.
En Europe, et notamment en France, on se montre parfois moins compréhensif envers les appartenances linguistiques qu'envers les appartenances religieuses, alors que celles-ci font peser de nos jours sur les chances d'intégration une menace bien plus lourde. On va même jusqu'à inciter les immigrés à s'organiser sur une base communautaire, une politique dont la sagesse m'échappe, moi qui viens du Liban et qui ai pu observer ma vie entière les effets pernicieux du communautarisme.


© Gilles Anquetil, François Armanet
Le Nouvel Observateur

Amin Maalouf sera en Roussillon, dimanche 24 mai 2009. Invité par le CML et l'Association franco-libanaise des Pyrénées-Orienales, il présentera son livre «Le dérèglement du monde» (Grasset), avec le concours de la Librairie Presse Papier à 18h, salle de l'Alliance e de la Démocratie à Pollestres (face à l'Hôtel de Ville).
Cette rencontre sera suivie d'un dîner-débat libanais à partir de 20h en hommage au Docteur Ahmad Akkari à l'auberge des Cèdres, Mas Sabole 66300 Villemolaque (Route nationale 9, route de Bages). Réservations directement auprès de l'auberge des Cèdres (participation 30¤/personne) : 04 68 37 25 84 / 06 62 66 90 29
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# Posté le jeudi 07 mai 2009 02:24
Modifié le jeudi 07 mai 2009 04:08