Le Blog d'André Bonet. Palais Garnier, 6 décembre 2007.- L'auteur de "Mère Méditerranée" au Quai Conti. Né le 25 août 1929 à Neuilly-sur-Seine, Dominique Fernandez est diplômé de l'École normale supérieure et agrégé d'Italien (1955). Il devient en 1957, professeur à l'Institut Français de Naples. Il soutient sa thèse sur L'Échec de Pavese, et est nommé professeur d'italien à l'université de Haute-Bretagne.
Depuis 1958, il mène carrière d'écrivain et de critique littéraire à la Quinzaine Littéraire, L'Express et au Nouvel Observateur.
En 1974, Porporino ou les Mystères de Naples est couronné par le Prix Médicis et dont on a tiré un opéra. Il met en scène, un castrat napolitain au XVIIIe siècle. Une fresque colorée qui offre une pluralité de lectures, historique, idéologique et freudienne.
Dominique Fernandez a inventé la « Psychobiographie » utilisée déjà en 1967 dans L'échec de Pavese.
Il obtient en 1982 le Prix Goncourt avec
Dans la main de l'ange. Un roman qui puise dans la vie bien réelle de Pasolini, écrivain et cinéaste italien assassiné à Ostie en 1975.
Il obtient en 1988 le Prix Méditerranée avec
Le Radeau de la Gorgone. Ce livre est le récit de ses expériences, de ses découvertes, de ses émotions. Il a grimpé sur les volcans, exploré les déserts, visité basiliques, cryptes, palais, villas, cimetières, soufrières, mines de sel... mais aussi vécu en compagnie de Siciliens, dans des villages dont il raconte la pittoresque évolution, le passage, en moins d'un quart de siècle, des coutumes féodales à un timide apprentissage de la démocratie.
Le photographe Ferrante Ferranti apporte au texte un commentaire visuel, qui nous plonge d'emblée dans l'atmosphère sicilienne, blanche et noire symphonie aux traits fortement contrastés. Jeux de la lumière et de la beauté, charme sensuel et grandeur antique, opulence et misère d'une île qui flotte au carrefour de l'Europe, de l'Afrique et de l'Orient.
Remise de l'Epée d'Académicien Le Comité pour l'Epée de Dominique Fernandez avait réuni les amis du nouvel académicien à la Rotonde des abonnés du Palais Garnier, le 6 décembre dernier. C'est Frédéric Vitoux qui eut le privilège de lui remmettre son épée, sous le regard bienvieillant et attentif de nombreux académiciens par lesquels le Secrétaire Perpétuel Hélène Carrère d'Encausse, Jacqueline de Romilly, Max Gallo, et Pierre Rosenberg.
De très nombreuses personnalités étaient également présentes ; Pierre Bergé, Diane de Margerie, Dominique Bona, Henry Bonnier, Gérard Davoust , Jean-Claude Fasquelle et Olivier Nora, les écrivains Jean-Jacques Bedu, Eric Michel et Mabrouck Rachedi.
Pierre Bergé, dont on apprécie l'élégance jusqu'au moindre détail, apporta à la cérémonie une touche personnelle et appréciée lorqu'il s'inquieta personnellement de l'endroit où pourrait être exposée et mise en valeur l'épée.
C'est tout l'art des grands de veiller au moindre détail...
Le discours de l'Epée de Dominique est un bonheur d'intelligence. Dominique débuta par la lecture des premières lignes de
La Chartreuse de Parme (c'est aussi l'occasion de rappeller que Stendhal est son écrivain préféré) : "Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d'apprendre au monde qu'après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur. Les miracles de bravoure et de génie dont l'Italie fut témoin en quelques mois réveillèrent un peuple endormi."
Le général Bonaparte aurait très bien pu porter cette épée, qui équipait les officiers du Directoire et, faite de simple fer forgé, illustre cette époque où l'héroïsme allait de pair avec une certaine austérité.
Dominique Fernandez précisa qu'il avait souhaité réunir ses amis au Palais Garnier, car à ses yeux nul autre endroit ne répond aussi pleinement à son goût que ce temple de l'art lyrique. il s'est dit heureux de recevoir cette épée sous cette coupole "qui est moins pure et moins sévère que l'autre, plus italienne, presque popéienne, dans son luxe de marbres et son ostentation de miroirs".
Sous le fourreau de l'épée, il a fait graver, selon l'usage, des symboles qui expriment ses goûts profonds. La bouterolle est ornée d'une truie. Etonnnant? Pas vraiment. Il nous explique son choix : " La langue italienne distingue la
troia, ou la femelle du chochon, bête peu noble, la truie, et la
scrofa, animal mythique qui n'a pas de nom français." Une des rues les plus importantes de Rome porte ce nom :
via della Scrofa. Dominique Fernandez a mis du temps à découvrir le secret. Il y avait autrefois, dans le bas de cette rue, une fontaine qu'on a déplacée pour élargir la chaussée. Mais il reste, sur le mur de l'ancien couvent San Agostino, le relief qui ornait cette fontaine: l'effigie, aujourd'hui bien usée, d'une scrofa. "La scrofa atteste l'origine rustique de Rome et ce qui a été longtemps son statut de village traversé de troupeaux de moutons (...) La scrofa, c'est aussi, au-delà de Rome, le symbole de la mère, de la mère aux multiples mamelles, de la
Mater originelle, source de toute vie et de toute joie."
Dominique a appelé un de ses premiers livres,
Mère Méditerranée pour dire tout ce qu'il devait à cette Italie généreuse, munificente, à "cette Italie des profondeurs et des richesses cachées".
Dominique Fernandez ne pouvait pas ne pas évoquer dans son discours Ganymède, qui "comme nous le savons par Homère, dit-il, a été récompensé de son audace par le donc de l'immortalité. "
Il paraît que l'Académicie française confère le même privilège à ceux qui, ayant vaincu leur timidité, ont accedé à cette sphère véritablement céleste qu'est l'illsutre coupole.
Rendez-vous donc, sous la coupole, le 13 décembre prochain, date à partir de laquelle Dominique Fernandez occupera désormais le fauteuil de l'illustre d'Alembert, occupé jusqu'alors par Jean Bernarddont il fera l'éloge.
A.B
Photo: Dominique Fernandez aux côtes de Pierre Bergé, d'André Bonet et Jean-Jacques Bedu.