Le blog d'André Bonet, samedi 15 décembre 2007.- Dominique Fernandez a été officiellement reçu à l'Académie Française le 13 décembre 2007. Avec son épée à l'effigie de Ganymède, Dominique Fernandez a fait l'éloge du professeur Jean Bernard au fauteuil duquel il a été élu en mars dernier. Il était entouré sous la Coupole de ses nombreux amis, parmis lesquels Ferrante et Josy Ferranti, Philippe Le Guillou, Dominique Bona, Pierre Bergé et Andreï Makine.
Né en 1929 à Neuilly sur Seine, Dominique Fernandez est diplômé de l'Ecole Normale Supérieure et agrégé d'Italien (1955). Il devient en 1957, professeur à l'Institut Français de Naples. Il soutient sa thèse sur L'Échec de Pavese, et est nommé professeur d'italien à l'université de Haute Bretagne. Depuis 1958, il mène carrière d'écrivain et de critique littéraire à la Quinzaine Littéraire, L'Express et au Nouvel Observateur. L'oeuvre de Dominique Fernandez oscille entre le genre romanesque et l'essai. L'univers imaginaire de ses romans livre leur relation significative : la difficulté d'être des différents héros. En 1974, Porporino ou les Mystères de Naples est couronné par le Prix Médicis et dont on a tiré un opéra. Il met en scène, un castrat napolitain au XVIIIe siècle. Une fresque colorée qui offre une pluralité de lectures, historique, idéologique et freudienne. Dominique Fernandez a inventé la « Psychobiographie » utilisée déjà en 1967 dans L'échec de Pavese. Il obtient en 1982 le Prix Goncourt avec Dans la main de l'ange. Un roman qui puise dans la vie bien réelle de Pasolini, écrivain et cinéaste italien assassiné à Ostie en 1975. Le romancier et essayiste est un observateur attentif des simulations de la société, il tente pour chacun de ses héros, de dévoiler « l'arbre jusqu'aux racines » tout en refusant l'affectation et le dogmatisme : sa phrase, comme son ½uvre aux intérêts, se veut libre et vive.
Dominique Fernandez, qui revendique son homosexualité, a effleuré le sujet dans son discours en évoquant sa passion pour l'Italie, où l'on a "rarement pourchassé bien sévèrement les hérétiques, hérétiques de la foi, hérétiques du sexe". "En Italie, a-t-il dit, on se sent toujours bienvenu, toujours aimé, si peu conforme qu'on soit à l'opinion dominante".
L'ombre de Ramon Fernandez
Dominique Fernandez cita dans son discours le mot de l'illustre d'Alembert, qui écrivit : "que tous les académiciens, quelles que soient leur origine sociale, leurs convictions, leurs erreurs ou celles de leurs parents, sont égaux. Au nom de cette égalité, Dominique Fernandez leur demanda d'accueillir avec lui " l'ombre de Ramon Fernandez, mon père. Il s'est fourvoyé en politique, et j'ai toujours condamné, publiquement, sa conduite pendant l'Occupation. Collaborer avec les Allemands, non, c'était indigne d'un homme qui avait été l'ami de Proust, de Gide, de Saint-Exupéry, de Malraux, qui l'était encore de Paulhan et de Mauriac, malgré leurs divergences. Pendant la première guerre mondiale, en pleine nuit, Proust traversa Paris plongé dans les ténèbres et sonna à la porte de mon père, 44, rue du Bac. "J'ai besoin, dit-il, que vous me prononciez deux mots : senza rigore." Mon père ne savait pas l'italien, mais était réputé pour ses dons d'imitation. "Merci, lui dit Proust, j'ai l'intention de mettre ces deux mots dans une page de mon roman, et j'avais besoin de les entendre résonner avec leur sonorité musicale exacte."
Quand on a vécu une telle expérience, il paraît inconcevable qu'on se rende à Weimar, en octobre 1941, sur l'invitation du Dr Goebbels, puis qu'on publie, dans plusieurs journaux de l'Occupation, un éloge dithyrambique de cet individu, que par ailleurs on méprise, lui et toute sa logorrhée nazie. Aucune excuse, donc, pour mon père, de ce point de vue-là. Mais est-ce une raison pour oublier, occulter, son ½uvre littéraire ? Son Molière, son Proust, son Balzac sont de merveilleuses synthèses, des vues d'ensemble sur l'½uvre, profondes, exhaustives, à l'antipode des dissections pointilleuses pratiquées aujourd'hui. Autant les opinions professées pendant la guerre par mon père – je parle d'opinions, car il ne s'est rendu coupable d'aucune action répréhensible, sauvant au contraire des juifs, prononçant, seul parmi les écrivains collaborateurs, l'éloge funèbre de Bergson, publiant ce livre sur Proust –, autant ses opinions politiques ont toujours été pour moi inacceptables, autant j'admire son ½uvre. Et je vous ferai cet aveu : parmi les motifs qui m'ont poussé à souhaiter faire partie de votre Compagnie, le dernier n'a pas été de faire retentir sous la Coupole, à côté de celui de Richelieu, le nom de Ramon Fernandez.
L'éloge de Jean Bernard
Au moment de faire l'éloge de Jean Bernard, Dominique Fernandez mentionna un épisode peu brillant de sa carrière : " Il présidait le Centre de transfusion sanguine et le Comité national d'éthique quand apparut en France l'épidémie du sida. On ne l'accuse d'aucune faute active, on lui reproche seulement d'avoir couvert de son autorité le docteur Garretta, sans prendre la mesure du danger. Même s'il en fut ainsi, n'accablons pas un homme qui savait qu'en choisissant la médecine il courait le risque de tomber dans l'erreur.
"Seigneur, ayez pitié de nous qui cherchons, donnez-nous le courage nécessaire pour résister aux erreurs, aux injustices et aux discordes.
Donnez-nous la force nécessaire pour tout reprendre et recommencer quand nous savons que nous nous sommes trompés."
Grand patron, éminent médecin, reconnu et acclamé pour ses succès, Jean Bernard restait au fond de lui-même un douteur, un inquiet, prêt à se remettre en question pour un seul échec thérapeutique.
"L'enfant est mort et nous somme seuls dans notre ignorance", a-t-il écrit dans un autre de ses poèmes.
Jean Bernard était-il donc un pessimiste ? Absolument pas, et cette question du pessimisme, ce choix entre accepter ou refuser la fatalité du mal concernent aussi le romancier. Jean Bernard ne se laissait pas décourager, et c'est cette constance dans le but poursuivi, cet espoir dans la possibilité de trouver le remède, cette foi que le scandale de la mort des enfants n'est pas irréversible qui le distinguent radicalement de beaucoup d'écrivains modernes. Ceux-ci trouvent plus avantageux, devant l'absurdité du monde, de prôner la splendeur de l'échec, de célébrer la beauté du rien, de clamer la gloire des vaincus. L'écrivain optimiste passe pour un demi-imbécile, un naïf, bon pour les dictées et les manuels scolaires, surtout au siècle de Kafka, de Céline (un médecin, pourtant !). La littérature n'a pas toujours été aussi démissionnaire. Aux temps de Defoe, de Balzac, de Stendhal, on croyait encore à la possibilité de réaliser quelque chose, d'accomplir une existence. Il faut aujourd'hui professer que rien ne vaut la peine d'être vécu, qu'il est vain d'entreprendre quoi que ce soit. Un écrivain n'est plus crédible s'il ne croit pas à l'inutilité de tout, s'il ose écrire une histoire qui se termine bien. Pourquoi un Alexandre Dumas, un Kipling, un Maxime Gorki sont-ils tombés en discrédit ? Parce qu'ils nous présentent des personnages qui se fixent un but, luttent pour l'atteindre et sont finalement récompensés de leurs efforts. Supposons que Kafka eût récrit L'Ile au trésor : soyons sûrs que le trésor n'aurait jamais été trouvé. La supériorité du médecin est de surmonter le facile vertige du néant, de croire opiniâtrement à la réversibilité du destin ; la supériorité de Jean Bernard est éclatante, en face de tous les prophètes du désastre. Il a guéri, il a sauvé des milliers de vies.
Refus de la fatalité. Dans tous les domaines, y compris celui de la vie politique. En 1940, il a été un des cinq cents premiers résistants. Pour lui, a-t-il dit, ce n'était même pas un choix, mais une obligation évidente. Il entre, dès le 20 septembre, dans le réseau de René Parodi, rédige et distribue des tracts. Au début de l'année 1941, ce réseau est démantelé, René Parodi arrêté puis exécuté en prison. Jean Bernard se cache en province, passe ensuite en zone Sud, où il entre dans un réseau "action". En automne 1942, il se trouve en Provence, découvre Marseille et le monde du Vieux-Port, dont il se souviendra pour son éloge de Pagnol, auquel il succéda ici même, guette dans l'arrière-pays les parachutages britanniques, au cours de longues nuits glacées le plus souvent inutiles, car l'avion, pour une raison ou une autre, n'est pas au rendez-vous. "Que d'heures, que de nuits passées ainsi dans les fossés de Provence ! Au petit matin, la rosée est humide, le froid très vif. Ces attentes répétées m'ont appris quelque chose qui m'a servi de leçon tout au long de mon existence : il faut aller dix fois sur le terrain de parachutage avant la réussite. Il en est de même pour la recherche en biologie : on fait dix, vingt, cinquante tentatives avant d'arriver, un jour, par bonheur, à un résultat. Une seule réussite justifie tout le reste : les longues nuits d'attente à grelotter n'ont pas été vaines. Quelle joie pour nous, lorsque nous observons les parachutes descendre dans la nuit, éclairés par la Lune ! D'autres fois point d'avion, point de largages... Nous reprenions tristement nos bicyclettes, au petit matin, et roulions tout transis entre les vignes." Une autre mission, pour les membres du réseau, est de prendre une barque et de ramer en haute mer jusqu'à la felouque anglaise venue de Gibraltar débarquer des hommes et des femmes en provenance d'Angleterre, ou embarquer des Français pour Londres, tel le comédien Claude Dauphin. Transporter clandestinement des postes émetteurs de radio, cachés dans le double fond des camions, fait aussi partie des tâches. Jean Bernard est marié, il a deux enfants, il sait qu'il risque à tout moment sa vie mais ne remet jamais en doute son engagement, qui en fait un des combattants les plus sûrs, les plus probes, de cette "armée des ombres" évoquée dans le beau roman de Joseph Kessel (...)
Plus qu'un technicien de la médecine, Jean Bernard était un humaniste. Quand il parle des bévues de ses devanciers, des fausses hypothèses émises par ses confrères, des méprises qui jalonnent l'histoire de la médecine, il ne juge personne, il ne condamne personne, il se contente, avec un humour teinté de bienveillance, de suggérer que, ici, on aurait pu procéder à des vérifications plus sérieuses, là, ne pas affirmer aussi catégoriquement une opinion. Même quand on le sent plus indigné, il use de l'ironie plus que de la satire. Ainsi, au sujet de l'avortement et de ceux qui s'y opposent, mais s'accommodent fort bien de l'effroyable mortalité infantile dans les pays pauvres. Dans L'Homme changé par l'homme (1976), il écrit, avec une mesure qui ne donne que plus de force à sa colère : "Les mêmes moralistes protègent, comme diamant, comme prunelle, le f½tus dans l'utérus maternel, mais ne témoignent pas la même sollicitude à l'enfant après sa naissance ; ils acceptent d'un c½ur apparemment léger, en tout cas sans protester, les souffrances et la mort de tous ces enfants du tiers-monde, victimes de l'inégale démographie, de l'inégale répartition des ressources alimentaires." Cette attention généreuse au prochain, ce souci d'information planétaire, ce rejet de toute doctrine préconçue caractérisent la démarche de Jean Bernard. Il se préoccupe beaucoup plus de sauver les malades que d'établir sa propre gloire, et, pour sauver les malades, aucune précaution, pense-t-il, aucune remise en question n'est superflue. Il y a du d'Alembert et de l'esprit des encyclopédistes dans sa manière de mener de front l'½uvre du savant et la réflexion du philosophe. Mais je crois déceler aussi, dans les scrupules de sa conscience, dans les tâtonnements de sa bonté, dans les élans de sa tolérance, comme un ton franciscain surtout si j'oppose à saint François d'Assise, à son humilité devant la souffrance et l'erreur humaines, l'assurance péremptoire des inquisiteurs espagnols. Ici s'opposent deux tempéraments, l'italien et l'hispanique. La mansuétude italienne repose du sectarisme espagnol, comme la douceur des collines ombriennes, tout en courbes légères, soulage de l'aridité orgueilleuse du plateau castillan.
C'est cela la "touche" Jean Bernard : conscience qu'il ne faut aborder qu'avec la plus extrême prudence tout ce qui est du domaine de l'humain.
Sa méthode, il me semble, et comme il l'a suggéré lui-même, pourrait rendre de grands services à l'art du roman. Trop de romanciers ne présentent leurs personnages que d'un seul côté. Ceux-ci sont comme programmés à l'avance et ne sont capables de marcher que dans une seule direction. Arrêtons-nous un peu sur l'histoire de ce petit garçon, résumée en une page par Jean Bernard, point de départ d'un possible projet romanesque.
L'enfant, très retardé, souffre de troubles graves du caractère et du comportement. Il se montre hostile à son entourage, s'abandonne à de violentes colères, parfois dangereuses. Le pédiatre, "éminent et traditionnel", qui l'accueille à l'hôpital, examine le garçon, fait une brillante leçon sur les retards psychiques de l'enfance, mais ne lui apporte aucun secours. On le confie alors à un psychanalyste, lequel, pendant deux ans, écoute les récits des parents de l'enfant, reçus séparément chaque semaine. Les parents s'aimaient tendrement ; du moins le croyaient-ils ; en fait, ils se trompaient ; au bout de ces deux ans, les voici au bord de la rupture. Pendant ce temps, l'état de leur fils ne fait qu'empirer. Une équipe de sociologues prend alors le relais. Ils étudient l'évolution de la maladie par rapport au milieu, à la famille, à l'école. En pure perte, pour ce qui est de la santé de l'enfant. Vient enfin le diagnostic exact, grâce aux progrès de l'hématologie. "L'enfant est né de parents dont les groupes sanguins rhésus étaient incompatibles. Les anticorps maternels ont attaqué à la fin de la vie intra-utérine les globules rouges de l'enfant. Certains pigments, formés par la destruction des globules rouges, se sont fixés sur les cellules du cerveau de l'enfant. Ce sont eux les responsables des troubles psychiques. Il n'y a d'ailleurs pas de quoi pavoiser, conclut Jean Bernard. Ce diagnostic ne change rien au destin de cet enfant perdu ; mais il permettra de sauver ses frères à venir, puisque la prévention de ces redoutables accidents est désormais possible. Il permet aussi un classement correct de troubles psychiques longtemps restés mystérieux."
L'enfant perdu : ce pourrait être le titre, le beau titre, de tant de romans terribles. La science, ici, une fois de plus, fait reculer le mystère, mais sans ôter à l'histoire de ce petit garçon l'épaisseur dramatique d'un vrai personnage. Etendons cette analyse à un des champs préférés par les romanciers et les dramaturges, le domaine de la violence et du crime. Que les assassins soient les produits de leur milieu, les victimes de leur famille, on le savait déjà. Ils sont aussi, peut-être – Jean Bernard nous oblige du moins à nous le demander –, les blessés de la guerre menée par les groupes sanguins de leurs parents. Dostoïevski, qui était déjà psychanalyste et sociologue, aurait dû, pour être un romancier parfait, être aussi médecin.
La réponse de Pierre-Jean Rémy
Dans la réponse que fit Pierre-Jean Rémy au discours de Dominique Fernandez, il n'oublia pas de rappeller que si l'Ilatlie et ses univers littéraires et artistiques avait occupé une bonne partie de la vie de Dominique Fernandez, le grand voyageur qu'il était avait voulu aussi voir ailleurs.
" Encore un nouveau chapitre de ce roman d'apprentissage qui semble avoir été le celui de toute votre vie. Mais ce que vous cherchez ailleurs, c'est encore ce que l'Italie vous a donné. Il est, parmi vos livres, l'un qui nous est particulièrement cher. Sous le titre La Perle et le Croissant, c'est l'une des plus belles réflexions sentimentales qu'il nous ait été donné de lire sur l'Europe. On pense à Stendhal nous parlant encore, lui aussi, de l'Italie, de Rome, de Naples et de Florence. Pour vous, il s'agit de L'Europe baroque de Naples à Saint-Pétersbourg, vous l'indiquez en sous-titre de votre livre. Ainsi marquez-vous de manière précise ce qui deviendra votre territoire. La Perle et le Croissant a été publié en 1995 dans la prestigieuse collection "Terre humaine" dont, après Les Rois de Thulé, de son créateur, les deux volumes suivants furent en 1955 Tristes tropiques, de notre confrère Claude Lévi-Strauss et, en 1956, la réédition des Immémoriaux, la face polynésienne, moins connue, du poète pour nous chinois de Stèles, Victor Segalen. Quel parrainage ! Mais au-delà du seul baroque, c'est de l'Europe toute entière que vous nous parlez.
Avec votre ami Ferrante Ferranti qui en fit les belles photos, vous nous avez donné là une multitude d'images d'une Europe qui, après la chute du rideau de fer, redevient peu à peu la nôtre. Et si nous ne partageons pas la sévérité de certains de vos jugements, notamment sur Salzbourg, où non seulement vous parlez de provincialisme et de vulgarité – encore que Mozart et, plus près de nous, l'écrivain salzbourgeois Thomas Bernhard aient partagé votre sentiment...– mais où vous faites preuve d'ironie cinglante à l'endroit de ce qui est pour beaucoup le rendez-vous incontournable d'une matinée salzbourgeoise, à savoir le café Tommaselli, dont vous n'avez pas aimé les tartes aux fraises, mais où les chocolats chauds sont admirables : les avez-vous jamais vraiment goûtés, ces chocolats chauds ? Si, donc, nous ne partageons pas certains de vos coups de c½ur – je veux dire : coups de griffe ! –, cette Europe que vous nous réapprenez à arpenter, vous la décrivez en érudit mais surtout en poète. Seul ou avec votre ami Ferrante, vous avez publié près d'une soixantaine de livres. Il y a des romans, des récits, des essais. Que nous avons tous lus, ou presque. On l'avouera pourtant, plus que tout autre de vos ouvrages, c'est cette perle-là et ce croissant-là qui nous conduisent jusqu'à tel Adonis du pôle Nord redécouvert par vous au Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg – une sculpture italienne en pleine Russie des tsars ! – qui nous donnent l'envie de suivre les traces que vous nous avez laissées. Ainsi sommes-nous revenus avec vous à Ottobeuren et à sa bibliothèque qu'on dirait issue d'un "jeu des perles de verre" selon Hermann Hesse, ou à Zwiefalten, en Allemagne ; à Dresde, alors encore en ruines, ou dans cette forêt de Bethléem, près de Kuks, en Tchécoslovaquie, où c'est, je crois, Elsa Triolet la première qui nous fit découvrir les rochers taillés de Matyas Braun, le même Matyas Braun qui hérissa de ses statues le pont Charles à Prague. Pourtant, votre Europe à vous, vous l'avez poussée beaucoup plus loin. Vous nous parlez même du baroque brésilien et de l'Aleijadinho, le sculpteur lépreux, difforme, que je crois pourtant avoir admiré avant vous grâce à un Pierre Kast, ce cinéaste de tous les talents, qui m'avait conduit à Congonhas où les statues des Douze Prophètes sont comme un écho grinçant des figures dressées par Matyas Braun sur le pont Charles. Mais j'ai dit Saint-Pétersbourg, c'est pour le moment le dernier chapitre de notre, de votre histoire. Et depuis une dizaine d'années, presque autant que votre mer Méditerranée, c'est la Baltique telle qu'elle vient mourir en vagues de glace au pied des terrasses d'autres châteaux baroques qui est devenue la nouvelle patrie de votre inspiration."
Ce jeudi 13 décembre 2007 restera gravé dans les mémoires des amis de Dominique Fernandez, présents à ses côtés ce jour-là, pour lui exprimer leur infinie tendresse. Une leçon de vie offerte au regard de l'intolérance, à la gloire de l'intelligence, d'un art de vivre et de raconter.
A.B.
Dominique Fernandez est l'auteur d'une soixantaine de livres, parmi lesquels:
L'Écorce des pierres. Éditions Grasset, 1959.
L'Aube. Éditions Grasset, 1962.
Lettres à Dora. Éditions Grasset, 1969.
Les Enfants de Gogol. Éditions Grasset, 1971.
Porporino ou les Mystères de Naples. Éditions Grasset, 1974. (Prix Médicis)
La Rose des Tudors. Éditions Julliard, 1976.
L'Étoile rose. Éditions Grasset, 1978.
Une Fleur de jasmin à l'oreille. Éditions Grasset, 1980.
Signor Giovanni. Éditions Balland, 1981.
Dans la main de l'ange. Éditions Grasset, 1982. (Prix Goncourt)
L'Amour. Éditions Grasset.1986.
La Gloire du paria. Éditions Grasset, 1987.
Le Radeau de la Gorgone, Éditions Grasset, 1988. (Prix Méditerranée)
Le Rapt de Ganymède. Éditions Grasset, 1989.
L'École du sud. Éditions Grasset, 1991.
Porfirio et Constance. Éditions Grasset, 1992.
Le Dernier des Médicis. Éditions Grasset 1994.
Tribunal d'honneur. Éditions Grasset, 1997.
Nicolas. Éditions Grasset, 2000.
La Course à l'abîme. Éditions Grasset, 2003.
Jérémie! Jérémie!. Éditions Grasset, 2006.
L'art de raconter. Éditions Grasset, 2006.
Photo: Dominique Fernandez entouré de Ferrante et Josy Ferranti, Jean-Jacques Bedu et André Bonet.