LE PRIX MEDITERRANNEE 2009 POUR ALEXANDRE NAJJAR

LE PRIX MEDITERRANNEE 2009 POUR ALEXANDRE NAJJAR
Le jury du prix Méditerranée s'est réuni mardi 12 mai pour décerner ses prix. Le prix Méditerranée a été attribué à Alexandre Najjar pour son roman Phénicia (Plon). Le prix Méditerranée étranger a couronné quant à lui le livre de l'espagnole Almuneda Grandes, Le c½ur glacé (Lattès). Le jury était réuni au Conseil constitutionnel en présence de son président Jean-Louis Debré, de l'Ambassadeur Yves Gazzo et de Renaud Muselier, Président du Conseil Culturel de l'Union pour la Méditerranée. Aujourd'hui, le Prix Méditerranée s'inscrit pleinement dans le cadre du lancement de l'Union pour la Méditerranée. Puisse-t-il contribuer à poursuivre sa mission de dialogue entre les cultures qui bordent les rives du bassin méditerranéen

Né à Beyrouth en 1967, auteur de romans historiques, de récits, de biographies traduits dans une douzaine de langues, Alexandre Najjar est considéré comme l'un des meilleurs écrivains francophones de sa génération. Il a obtenu, en 1990, la Bourse de l'écrivain de la Fondation Hachette et en 1996 le Prix littéraire de l'Asie. Il vit entre Paris et Beyrouth où il exerce le métier d'avocat et les fonctions de conseiller au ministère libanais de la Culture.Le prix Méditerranée étranger 2009 a couronné quant à lui le livre de l'espagnole Almuneda Grandes, Le c½ur glacé (Lattès), également au deuxième tour, par dix voix contre trois à Niccolo Ammaniti (Comme Dieu le veut, Grasset). Une mention spéciale du jury est allée à Alain de Savigny pour son roman L'espionne ottomane (Koutoubia). En décernant cette mention, le prix Méditerranée a voulu non seulement consacrer un roman historique centré sur la Méditerranée au temps de Soliman le Magnifique, mais aussi saluer la naissance des éditions Koutoubia.
Le prix Méditerranée est parrainé par la Ville de Perpignan, le Conseil Général des Pyrénées-Orientales, la Région Languedoc-Roussillon et la Caisse d'Epargne du Languedoc-Roussillon.
Le Prix Méditerranée, créé en 1984 à Perpignan par le Centre Méditerranéen de littérature (C.M.L.) a pour ambition de valoriser l'espace culturel entre les différents pays dont la Méditerranée est le creuset.
C'est en présence de l'historien Fernand Braudel de l'Académie française et d'André Stil de l'Académie Goncourt, qui ont tous deux des attaches en Catalogne, que l'équipe du CML lance alors l'idée de la création d'un prix littéraire destiné à reconstruire, au fil des années, le récit épique des diversités fondatrices de l'identité méditerranéenne. En 1984, le jury-fondateur est constitué autour d'Hervé Bazin, Président de l'Académie Goncourt, de quatre autre académiciens Goncourt : Emmanuel Roblès, François Nourissier, François Mallet-Joris et André Stil, ainsi que de cinq membres de l'Académie française : Edgar Faure, Jean d'Ormesson, Maurice Rheims, Jacqueline de Romilly et Fernand Braudel. Ecrivains et journalistes siègent à leur côté : Patrick Poivre d'Arvor, Henry Bonnier, Frédérick Tristan, Eric Roussel, Georges-Emmanuel Clancier... Sur proposition d'Hervé Bazin, la présidence du jury est offerte à Edgar Faure, ancien président du Conseil et de l'Assemblée nationale. Jean d'Ormesson succède à Edgar Faure à la tête du jury, avant de céder la présidence à François Nourissier en 1996, puis à André Brincourt en 2003. Outre les membres fondateurs, le jury est aujourd'hui constitué d'écrivains, dont certains sont d'anciens lauréats ou membres des deux académies, mais également d'autres prix tels le Femina, le Renaudot et le Médicis. Tous ont en commun la passion de la méditerranée et, par le livre et la culture, ont l'espoir de voir se réconcilier tous les peuples qui la composent.
Depuis sa création, le Prix Méditerranée n'a cessé de récompenser de nouveaux talents tels Philippe le Guillou (Prix Méditerranée 1990 et Prix Médicis 1997) ; Robert Solé (Prix Méditerranée 1992, aujourd'hui directeur du Monde des livres) ; Jean- Christophe Ruffin (Prix Méditerranée 1997, Prix Goncourt 2001 et élu à l'Académie française en 2008) ; Sandro Veronesi (Prix Méditerranée 2008 en mars, et en novembre 2008 Prix Médicis étranger) ou de grands écrivains du bassin méditerranéen, comme Jean Daniel, Jean-Pierre Vernant, Dominique Fernandez, de l'Académie française, Edmonde Charles-Roux, de l'académie Goncourt, Arturo Perez-Reverte, Juan Goytisolo, Adonis, Umberto Eco, Claudio Magris ou Orhan Pamuk (Prix Méditerranée 2006 et, quelques jours après la remise, couronné par le Prix Nobel de littérature.)
Cette 25e édition du Prix Méditerranée s'est avérée exceptionnelle, tant par le nombre de participants dans les deux catégories, que par la grande qualité des ouvrages et des auteurs qui étaient en compétition.
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# Posted on Wednesday, 13 May 2009 at 5:25 PM

Edited on Wednesday, 13 May 2009 at 6:20 PM

HOMMAGE AU DOCTEUR AHMAD AKKARI : AMIN MAALOUF LE DIMANCHE 24 MAI PROCHAIN EN ROUSSILLON

HOMMAGE AU DOCTEUR AHMAD AKKARI : AMIN MAALOUF LE DIMANCHE  24 MAI PROCHAIN EN ROUSSILLON
Ecrivain, né au Liban, Amin Maalouf est l'auteur de «Léon l'Africain», «le Rocher de Tanios» (prix Goncourt 1993) et «Origines» (prix Méditerranée 2000) . Les romans de Amin Maalouf sont marqués par ses expériences de la guerre civile et de l'immigration. Ils sont caractérisés par des voyageurs ambulants entre les terres, les langues, et les religions. Son précédent essai, «les Identités meurtrières», a remporté un vif succès. Il vient de publier «le Dérèglement du monde» chez Grasset.L'écrivain franco-libanais présentera son nouvel essai dans lequel il dénonce l'épuisement simultané des civilisations arabo-musulmane et occidentale au CML le 24 mai prochain.

Vous reprochez au monde arabo-musulman l'indigence de sa conscience morale et à l'Occident sa propension à transformer la sienne en instrument de domination. Ces deux civilisations ont- elles atteint leurs limites ?

Amin Maalouf. - Je suis effectivement très critique à l'égard de ces deux «aires de civilisation» auxquelles j'appartiens. Le monde arabo-musulman traverse une crise si profonde, si traumatisante qu'il ne semble plus capable d'avoir un comportement éthique cohérent. Dans de nombreux pays, on observe des pratiques vexatoires, discriminatoires, parfois ouvertement racistes contre les travailleurs immigrés, les minorités ethniques ou religieuses, certaines catégories de la population, sans que cela suscite de véritable indignation hors d'un petit cercle de personnes éclairées. On aurait pu s'attendre à ce que la croyance religieuse aiguise le sens moral. Mais c'est souvent l'inverse qui se produit. Comme si, en proclamant sa foi, on pouvait se dispenser d'avoir également des valeurs «civiles». Ma critique de l'Occident se situe à un autre niveau. Les valeurs, il en parle sans arrêt. On le croirait constamment engagé dans la lutte pour la liberté, la démocratie, les droits de l'homme. Mais trop souvent il utilise ces notions de manière sélective, quand cela lui convient; il les brandit comme des armes dans sa lutte contre ses adversaires, puis il les escamote soigneusement lorsqu'il traite avec ses alliés, ses protégés, ses clients ou ses fournisseurs. De ce fait, la crédibilité morale devient, à notre époque, une denrée rare. L'Occident en a de moins en moins, et le reste du monde n'en a pas beaucoup.


Vous écrivez que l'une des conséquences les plus néfastes de la mondialisation est d'avoir mondialisé les communautarismes. Comment s'immuniser aujourd'hui contre le poison des identités figées et meurtrières ?

A. Maalouf. - A l'époque qui est la nôtre, mettre en avant son appartenance religieuse est une manifestation de particularisme mais également une forme d'internationalisme, puisqu'on transcende ainsi les frontières politiques, ethniques, raciales et autres. C'est dans ce sens qu'on pourrait parler de «tribalisme planétaire». Une réalité paradoxale, née de la conjonction entre deux bouleversements majeurs qui ont façonné notre monde au cours des dernières décennies, à savoir la révolution informatique, qui a favorisé chez nos contemporains une vision globale des choses, et la faillite du communisme, qui a modifié l'atmosphère intellectuelle globale au profit des doctrines identitaires, notamment celles qui s'adossent à la religion.
C'est là, de mon point de vue, une évolution inquiétante, et qu'il ne sera pas facile de contrer dans les années qui viennent. Il faudrait néanmoins s'atteler à bâtir une nouvelle conception de l'identité qui soit plus conforme aux exigences de notre époque; une conception qui intègre la dimension religieuse, mais aux côtés de plusieurs autres facteurs d'appartenance; et qui permette à chaque personne d'assumer les diverses composantes de son identité - ses nationalités, ses langues, ses croyances - sans se sentir constamment sommée de choisir.
Le débat sur l'identité est si délicat que l'on préfère souvent l'esquiver - en France, en Europe et ailleurs. Mais le non-dit est un territoire d'ombre où se développent des monstres. Nous sommes face à un problème majeur de notre temps, et notre génération a le devoir d'en débattre avec sérénité, pour élaborer des solutions. En particulier, il est important que l'on puisse distinguer ce qui constitue les valeurs essentielles d'une société, et qui doit être commun, de ce qui relève de la diversité culturelle, et qui a vocation à demeurer disparate.

Pour vous, le dérèglement du monde passe par la crise générale de la légitimité politique, idéologique et religieuse. Elle touche aussi bien le monde arabe que l'Occident. Pourquoi ?

A. Maalouf. - Il y a deux crises de la légitimité, qui sont de nature différente, mais qui contribuent ensemble au dérèglement. La première concerne le monde arabe, qui ne se reconnaît plus dans ses gouvernants, et où une partie significative de la population éprouve de la sympathie pour des mouvements militants que le reste du monde considère comme des hors-la-loi. On peut obtenir sa légitimité soit en remportant des élections libres, soit en s'identifiant aux combats de son peuple. Je ne connais pas beaucoup de chefs d'Etat arabes qui répondent à l'un ou l'autre de ces critères. Il fut un temps où les Arabes se reconnaissaient dans leurs dirigeants, tel le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Ce n'était pas un âge d'or, mais les foules ne se trouvaient pas alors dans une logique de désespoir. S'agissant de l'Occident, le problème ne se situe pas sur le même plan. Le président des Etats-Unis est parfaitement légitime dans son pays; mais, dans la mesure où il joue un rôle de «suzerain planétaire», il est normal que l'on se demande : «De quel droit ?» Dans un monde parvenu à un haut degré d'interdépendance globale, une telle question ne peut être occultée. Même si elle se pose avec moins d'insistance lorsque la Maison-Blanche est occupée par un homme comme Barack Obama envers lequel les autres nations n'éprouvent pas d'hostilité.

Vous exprimez dans votre livre «la colère d'un minoritaire d'Orient». Qu'est-ce qui vous inquiète et vous révolte le plus ?

A. Maalouf. - Nous avons assisté ces dernières années à l'anéantissement d'une présence chrétienne en Irak qui datait d'environ dix-huit siècles sans que cela suscite dans le monde une grande indignation. Il se fait que je viens moi-même d'une communauté minoritaire, mais ce n'est pas cela qui explique ma colère. Le sort des minorités n'est pas seulement un problème pour les minoritaires; pour toute société humaine, il constitue, avec le sort des femmes, l'un des révélateurs les plus sûrs de l'avancement moral ou de la régression. Un monde où toute personne peut s'exprimer dans la langue de son choix, professer paisiblement ses croyances et assumer sereinement ses origines sans subir l'hostilité ni le dénigrement, que ce soit de la part des autorités ou de la population, c'est un monde qui avance, qui progresse, qui s'élève. A l'inverse, lorsqu'il devient chaque jour un peu plus difficile d'être sereinement soi-même, de pratiquer librement sa langue ou sa foi, comment ne pas parler de régression ?

Pour vous, c'est d'abord auprès des immigrés en Occident que la grande bataille de notre époque doit être menée. Quel rôle peuvent-ils jouer vis-à-vis de leur pays d'origine et de leur pays d'accueil ?

A. Maalouf. - Si le monde se voit partagé aujourd'hui en «civilisations» rivales, c'est d'abord dans l'esprit des immigrés, hommes et femmes, que ces «civilisations» s'affrontent. Et c'est effectivement auprès d'eux que la bataille sera gagnée ou perdue. Ou bien l'Occident parviendra à les reconquérir, à retrouver leur confiance, à les rallier aux valeurs qu'il proclame, faisant d'eux des intermédiaires éloquents dans ses rapports avec le reste du monde; ou bien ils deviendront son plus grave problème. Les migrants devraient être encouragés à jouer pleinement leur rôle d'«interface», véhiculant dans les deux sens des compétences, des idées, des expériences, des sensibilités, des valeurs. Pour cela, ils devraient pouvoir appartenir pleinement à leur société d'origine comme à leur société d'accueil sans se sentir constamment sommés de choisir. De mon point de vue, l'un des facteurs indispensables à cette double appartenance se situe au plan linguistique. Un migrant a le devoir d'étudier et de pratiquer la langue de son pays d'accueil, mais il devrait également être encouragé à ne pas oublier la langue de son pays d'origine, et à la transmettre à ses enfants. C'est souvent parce que sa langue est déconsidérée, y compris par lui-même, qu'un immigré met en avant d'autres aspects de son identité.
En Europe, et notamment en France, on se montre parfois moins compréhensif envers les appartenances linguistiques qu'envers les appartenances religieuses, alors que celles-ci font peser de nos jours sur les chances d'intégration une menace bien plus lourde. On va même jusqu'à inciter les immigrés à s'organiser sur une base communautaire, une politique dont la sagesse m'échappe, moi qui viens du Liban et qui ai pu observer ma vie entière les effets pernicieux du communautarisme.


© Gilles Anquetil, François Armanet
Le Nouvel Observateur

Amin Maalouf sera en Roussillon, dimanche 24 mai 2009. Invité par le CML et l'Association franco-libanaise des Pyrénées-Orienales, il présentera son livre «Le dérèglement du monde» (Grasset), avec le concours de la Librairie Presse Papier à 18h, salle de l'Alliance e de la Démocratie à Pollestres (face à l'Hôtel de Ville).
Cette rencontre sera suivie d'un dîner-débat libanais à partir de 20h en hommage au Docteur Ahmad Akkari à l'auberge des Cèdres, Mas Sabole 66300 Villemolaque (Route nationale 9, route de Bages). Réservations directement auprès de l'auberge des Cèdres (participation 30¤/personne) : 04 68 37 25 84 / 06 62 66 90 29
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# Posted on Thursday, 07 May 2009 at 2:24 AM

Edited on Thursday, 07 May 2009 at 4:08 AM

PHILIP MILBURN, QUELLE JUSTICE POUR LES MINEURS ? : ENTRE ENFANCE MENACEE ET ADOLESCENCE MENACANTE

PHILIP MILBURN, QUELLE JUSTICE POUR LES MINEURS ? : ENTRE ENFANCE MENACEE ET ADOLESCENCE MENACANTE
Le Blog d'André Bonet, samedi 18 avril 2009. Philip Milburn est professeur de sociologie à l'université de Versailles Saint-Quentin, membre du laboratoire Printemps CNRS. Il publie un excellent livre, Quelle justice pour les mineurs ? aux Editions Eirès. Entre enfance menacée et adolescente menaçante, l'ouvrage entreprend de la sorte de réaliser, dans un style très abordable, une sociologie de l'action publique permettant au lecteur praticien, enseignant ou simplement intéressé par ces questions, de mieux saisir les enjeux sous-jacents aux évolutions actuelles de la justice des mineurs, dans un contexte international.

La « délinquance des jeunes » ne cesse d'être une préoccupation de la société contemporaine. Elle est devenue aujourd'hui un objet majeur des politiques de sécurité publique, et le système de réponse pénale pour les mineurs fait l'objet de réformes à chaque nouvelle législature, afin d'en finir avec la prétendue complaisance de l'Ordonnance du 2 février 1945 qui serait inadaptée aujourd'hui et laisserait les mineurs dans l'impunité. Pourtant le système français de justice des mineurs est beaucoup plus sévère qu'on pourrait le penser, et sa dimension répressive n'a cessé de s'accentuer, au point de dégager une double figure de la jeunesse irrégulière : celle d'un enfant menacé par la malveillance des adultes et celle d'un adolescent menaçant l'ordre social.
Longtemps considérée comme un laboratoire pour l'expérimentation de formes nouvelles de traitement de la criminalité, la justice des mineurs a développé des conceptions spécifiques en la matière. C'est à ces conceptions destinées à remettre dans le « droit chemin » une jeunesse égarée dans des comportements déviants que le livre s'intéresse. Sans insister sur la dimension juridique ni sur une interprétation des causes de ces déviances, il examine les logiques d'intervention qui ont animé l'ensemble des acteurs professionnels dans le domaine : magistrats, travailleurs sociaux, psychologues...
Trois périodes se dessinent : celle de la correction disciplinaire, celle du paternalisme clinique et celle de la responsabilisation personnelle. Autant d'approches initiées par des réflexions théoriques et expérimentales, qui recèlent des modèles éducatifs et pédagogiques alternatifs à la répression pure. L'ouvrage entreprend de la sorte de réaliser, dans un style très abordable, une sociologie de l'action publique permettant au lecteur praticien, enseignant ou simplement intéressé par ces questions, de mieux saisir les enjeux sous-jacents aux évolutions actuelles de la justice des mineurs, dans un contexte international.

Philip Milburn, Quelle justice pour les mineurs? , collections trajets, éditions Eirès, 236 pages, 23 ¤
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# Posted on Saturday, 18 April 2009 at 12:51 PM

KIMO, « T'ES TOUJOURS EN VIE TOI?» : DANS LES CITES, LE SIDA A TUE TOUTE UNE GENERATION, CEUX QUI AVAIENT 20 ANS DANS LES ANNEES 1990

KIMO, « T'ES TOUJOURS EN VIE TOI?» :  DANS LES CITES, LE SIDA A TUE TOUTE UNE GENERATION,  CEUX QUI AVAIENT 20 ANS DANS LES ANNEES 1990
Le Blog d'André Bonet, lundi 13 avril 2009. Laetitia Darmon et Kimo publient aux Editions du Cherche midi un essai poignant et bouleversant « T'es toujours en vie toi ? ». Le Sida a décimé la moitié de la famille de Kimo - deux frères et une s½ur - et la plupart de ses amis du quartier de la Poterne, à Massy-Palaiseau (Essonne).
Sur un sujet fort et admirablement traité, Kimo signe là un témoignage exceptionnel, d'une violence intérieure qui remue les consciences. Il développe une parabole sur la rédemption qui amène un jeune homme perdu à redécouvrir sa part d'enfance et d'humanité occultée par la misère, la violence et la maladie.

La famille de Kimo est d'origine portugaise. Elle s'installe en France au début des années 60, dans les bidonvilles de Massy, «le tiers-monde, étalé à perte de vue en plein c½ur de l'Essonne.» . Des Portugais, des Algériens, des Tunisiens, des Marocains... En 1972, Kimo a un an. Sa famille emménage dans un F5 du square de la Poterne, un ensemble HLM de Massy. Son père et son frère aîné Jean travaillent entre Lisbonne et Massy. Des aller-retour fréquents, «sans doute à cause de leurs affaires pas très réglos.». Un père absent, violent dans ses rares moments de présence, une mère aimante et attentionnée mais qui ne parle pas français, et qui ne sait ni lire ni écrire. Comment grandir dans de bonnes conditions dans cet univers de misère ?
Avec la rue se dessinent les premiers dangers. Déjà les copains lui font fumer des joints, dans les caves de la cité. Il ne sait pas ce que sait la drogue. Mais c'est un grand luxe de pouvoir fumer avec les grands. «On avait juste envie de s'amuser et de planer ». La rue est une parfaite école du vice. Il a quatorze ans. Il rencontre des jeunes de dix-sept dix-huit ans, qui font deux têtes de plus que lui, « qui se droguent et jouent aux pickpockets. »
Les majeurs de la Poterne vont et viennent en prison. La vie est là, dans l'excitation du risque et le risque de l'incarcération.
Kimo le confesse : « J'ai aimé me droguer d'emblée. Dès le premier joint. Après y avoir goûté, je n'ai jamais refusé une occasion de fumer (...) la drogue vient combler en moi un laps de temps ce manque que je sens en moi.»
Un jour son père décide de le prendre avec lui chez son employeur. Au début tout se passe bien, mais il faut bien le reconnaître, Kimo a honte de travailler. La Poterne le lui a assez seriné : « réussir, c'est faire un bon casse ; le boulot, c'est pour les bouffons.»
En novembre 1988, la nouvelle foudroyante de la mort de son frère Jean, a vingt-huit ans, lui fait perdre contact avec lui-même. « La came m'offre des temps d'oubli, où je cesse d'en vouloir à la terre entière et d'insulter Dieu de m'avoir pris mon frère.» Il s'enfonce, peu à peu, dans la mauvaise pente. «Voyou, mais pas crapule ».

La cage aux fauves

Les séjours en prison se multiplient. La rage le ronge. Pour lui, « la société et la justice n'avaient peut-être pas pris la mesure du phénomène des cités, de la toile d'araignée dans laquelle on était enfermé ». Dès qu'il était libéré la Poterne reprenait le dessus, il replongeait dans la cage aux fauves. Lors d'une nouvelle incarcération, alors qu'il est en promenade, qu'il discute et qu'il marche, histoire de se dégourdir les jambes , il entend soudain son numéro de cellule au haut-parleur. On l'appelle à l'infirmerie. Le médecin généraliste qui l'attend lui fait signe de s'asseoir et lui dit : « Vous êtes séropositif, il vous reste entre cinq et dix ans à vivre. » Pas un mot de plus. C'est comme ça qu'il a appris qu'il était séropositif. Il venait d'avoir dix-huit ans.
A sa sortie il retrouve sa banlieue qui le broie. La maladie en plus. La Poterne a sur lui un effet hypnotique. Dès qu'il y met les pieds, elle lui dicte sa conduite et lui impose son unique version de la vie. Peu à peu, il se fait à l'idée de suivre un traitement contre le VIH.
« Dans les cités, le sida a tué toute une génération, ceux qui avaient 20 ans dans les années 1990, mais personne n'en parle. En banlieue, cette maladie est encore plus taboue qu'ailleurs. » Vingt ans après, Kimo, Dieu merci, est toujours vivant. Il se souvient : « A l'époque, la plupart des jeunes des cités prenaient de l'héroïne. C'était la drogue à la mode dans les milieux défavorisés. On ne parlait pas de prévention, de seringues neuves (...) De plus, il y avait beaucoup moins d'associations et d'information que dans la capitale. » Selon lui, cette discrimination est aujourd'hui toujours de mise. « Lorsqu'on a le sida, cela reste beaucoup plus difficile à vivre en banlieue. La plupart des personnes qui peuvent aider les malades se trouvent dans la capitale. Il y a certes des services hospitaliers, quelques antennes d'associations, mais pas assez. Du coup, les jeunes qui sont infectés ne savent pas à qui s'adresser. Ils ont honte, se cachent. Résultat, ils ne se soignent pas, ce qui est une catastrophe. ».
Il y a une autre raison : le poids des traditions, parfois la religion, qui empêche les malades de sortir de l'ombre. Kimo n'a pas révélé son infection durant près de dix ans. Dans la cité, sa maladie commence cependant à se savoir. « Il suffit qu'on aille chercher sa trithérapie à la pharmacie du coin pour que tout le quartier soit au courant... explique-t-il. Certaines personnes m'ont rejeté du jour au lendemain. Mes vrais amis, eux, sont restés. » C'est une femme, Laurène, rencontrée il y a douze ans, qui va le convaincre de relever la tête et de raconter son histoire dans un livre. « Le jour où j'ai fait sa connaissance, un type de la cité lui a téléphoné pour lui dire que j'étais séropositif, et qu'il fallait qu'elle reste loin de moi. Il ne s'était encore rien passé... Heureusement, elle est venue m'en parler. Et depuis, on ne s'est plus quittés. »
Malgré la maladie, le couple a bien l'intention d'avoir un enfant, par procréation médicale assistée afin d'ôter toute trace de virus du sperme de Kimo. « Ceux qui viennent d'apprendre qu'ils sont séropositifs doivent savoir qu'une vie est possible, affirme Kimo. Et surtout, qu'on se sent beaucoup mieux lorsqu'on ne la cache pas et que l'on se soigne. »

Le rêve de Kimo

S'imaginer père. Voilà aujourd'hui le rêve de Kimo. « Papa affection, papa parole. Offrir à mon enfant ce que je n'ai pas eu. Ne pas répéter les erreurs de mon père. Des choses banales, sans doute. Des choses banales que j'espère profondément. »
Dans ce temps d'après, celui de sa rédemption, Kimo est un homme debout, réconcilié avec lui-même. Doux et souriant. Il lui aura fallu dix-huit ans pour pouvoir faire ce constat : « ce virus est une saloperie, je l'ai toujours, on ne me refera pas, alors autant l'assumer. » Aujourd'hui, en songeant à tous ceux qu'il a aimé et qui sont morts, il examine le chemin qu'il a parcouru et celui qu'il lui reste à faire. Le virus a décimé la moitié de sa famille – ses deux frères Jean et Albert, sa s½ur Fatima, morte quelques mois à peine avant l'arrivée des trithérapies - et la plupart de ses amis du quartier de la Poterne. Kimo est vivant. Tous les jours, il a une prière pour eux, « une prière toute personnelle et je fais le signe de croix. ».
Laetitia Darmon, journaliste au Journal du sida a rencontré Kimo et sa compagne, Laurène, au cours d'un reportage qu'elle réalisait sur le vécu des couples « sérodifférents», où l'un est séropositif et l'autre séronégatif. Ils lui ont parlé d'eux, de leur vie avec la maladie, de leur désir d'enfant. Kimo a évoqué son enfance, la « came », dans laquelle il est tombé à l'âge de 15 ans, comme le reste de sa fratrie, la prison, le foyer, son histoire d'amour avec la magnifique Laurène qui l'a dès le premier instant aimé avec « sa » différence, la désintoxication, la résistances aux trithératpies, les hospitalisations...
A travers le récit bouleversant de Kimo, c'est aussi « l'histoire de l'arrivée conjointe du sida et de l'héroïne dans certaines cités de banlieue qui se dessine dans ce livre, une histoire encore taboue dans ces cités elle-mêmes.»
Sur un sujet fort et admirablement traité, Kimo signe avec T'es toujours en vie, toi ? un livre exceptionnel, d'une violence intérieure qui remue les consciences. Il développe une parabole sur la rédemption qui amène un jeune homme perdu à redécouvrir sa part d'enfance et d'humanité occultée par la misère, la violence et la maladie. Ce parcours intérieur vers une nouvelle conscience de soi-même et cet amour pour Laurène, le pousse à une renaissance à lui-même. Miroir vers les meurtrissures du passé, l'enfant perdu est devenu un homme fort qui, en sublimant ses blessures, s'est façonné autour de sa mémoire un avenir meilleur.

A.B

« T'es toujours en vie, toi ? » de Laetitia Darmon et Kimo, le Cherche Midi, 15 ¤

# Posted on Monday, 13 April 2009 at 12:50 PM

Edited on Monday, 13 April 2009 at 6:15 PM

LE RETOUR ATTENDU DE ROBERTO SAVIANO

LE RETOUR ATTENDU DE ROBERTO SAVIANO
Le Blog d'André Bonet, jeudi 9 avril 2009. Avec Le contraire de la mort, l'auteur de Gomorra nous entrâne une nouvelle fois dans son pays natal, où la violence et le crime sévissent plus que jamais. Roberto Saviano est collaborateur de L'Espresso et de La Repubblica. Il vit, depuis l'immense succès de Gomorra (Gallimard, 2007), sous protection policière permanente et a dû quitter Naples pour sa sécurité.

Ce livre réunit deux récits, situés dans le sud de l'Italie (Naples et ses alentours), deux textes qui se dressent contre la violence des hommes en général et celle de la mafia en particulier. Le premier, " Le Contraire de la mort ", raconte le deuil de Maria, une jeune fille de dix-sept ans, qui a vu partir son amoureux Gaetano pour l'Afghanistan, dont il ne reviendra pas. Au-delà de la dimension personnelle et historique, son histoire comporte une dimension mythique : la jeune fille, moderne Eurydice à l'inverse, dépasse tout pour retrouver Gaetano, et triomphe de la mort par son amour. L'autre récit, " La Bague ", fait le portrait de deux jeunes hommes, Giuseppe et Vincenzo, qui, parce qu'ils ont choisi d'exercer un vrai métier et refusent de faire le jeu de la camorra, vivent dans la misère. Une scène d'une violence terrible décrit les conditions absurdes et cruelles de leur assassinat. Mais cette histoire, un homme du Sud ne parviendra pas à la raconter à une femme du Nord venue enquêter sur leur mort. Son silence révèle le fossé qui les sépare, l'impossibilité qu'il a de lui faire comprendre ce qu'est réellement la mafia. Dans ces deux nouvelles, Saviano interroge la mémoire et le temps, la mort et l'amour, il évoque la confusion des sentiments, la quête d'une identité. Son écriture très réaliste, qui prend parfois la dimension du mythe, émeut profondément. (Note de l'éditeur)


http://www.robertosaviano.it/

Roberto Saviano, Le contraire de la mort, tradduit de l'italien par Vincent Raynaud, parution 13 avril 2009, 108 pages, 12.5 ¤
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# Posted on Thursday, 09 April 2009 at 6:26 AM

Edited on Thursday, 09 April 2009 at 6:44 AM