Le capitaine Belalcazar, archéologue à la retraite et vague descendant d'un conquistador espagnol, met les voiles une nouvelle fois vers la jungle du Pérou pour trouver l'or de la mystérieuse cité inca de Païtiti. Un beau bateau, une belle équipe, un itinéraire rigoureusement planifié : cette tentative sera la bonne. Sauf que rien ne se passe comme prévu. Les obstacles se multiplient. On n'a pas fini d'être surpris. Et l'auteur semble y prendre un malin plaisir.
Patrice Pluyette est né en 1977 à Chevreuse. Après des études de Lettres Modernes à la Sorbonne et une maîtrîse sur Ionesco (Le Merveilleux dans l'oeuvre théâtrale d'Eugène Ionesco), il interrompt en 2002 les concours pour l'enseignement et se consacre à l'écriture. En 2004, il choisit de s'établir dans le Morbihan. En octobre 2008, le 19e Festival international de géographie lui décerne le Prix Amerigo Vespucci à Saint-Dié-des-Vosges pour cette traversée du Mozambique par temps calme.
Les grands prix littéraires sont passés à côté de ce petit bijou, mais la presse a salué la prouesse et le talent de ce jeune auteur discert, à l'avenir prometteur. Qu'on en juge. Extraits :
"Patrice Pluyette nous embarque dans une épopée parodique à la recherche d'un eldorado moderne. C'est l'une des bonnes surprises de cette rentrée littéraire" (Le Figaro)
"Un roman d'aventure à l'humour ravageur. Une invitation au voyage qu'il ne faut surtout pas manquer : ce livre est sans doute le plus divertissant de cette rentrée littéraire." (Télérama).
"Embarquement pour un voyage au Pérou complètement déjanté. Ce fringant trentenaire déboule avec le roman le plus singulier et le plus drôle de la rentrée." (Lire)
"L'écrivain part à la recherche de son propre trésor: les codes d'un roman d'aventures modernes - en s'inscrivant, peut-être, dans le prolongement d'un Jean Echenoz" (Les Inrockuptibles)
Lu sur le net, dans le journal d'une lectrice ce commentaire : "Autant vous le dire tout de suite : à aucun moment il ne sera question du Mozambique dans ce roman, sauf à considérer le Mozambique comme un archétype de l'imaginaire du voyageur. En fait de voyage, c'est à une traversée farfelue et fantaisiste de l'Atlantique que nous convie Patrice Pluyette. Nous embarquons donc sur la Catherine, affrétée par Belalcazar, archéologue en retraite, pour une expédition à la recherche du trésor de Païtiti, quelque part dans la jungle péruvienne. Deux fois déjà Belalcazar a échoué dans cette quête qui est devenue sa raison de vivre, mais cette fois, c'est sûr, c'est la bonne. Il est d'ailleurs assisté d'un équipage à toute épreuve : Fontaine, la taciturne cantinière, Negook et Hug-Gluq, les deux frères indiens, chasseurs d'ours et dotés de multiples talents. Sans parler de l'énigmatique Malebosse. Mais rien ne va se passer comme prévu et très vite le lecteur va comprendre qu'il ne faut voir dans cette aventure ni logique ni réalisme.
Les phrases de Patrice Pluyette sont traîtresses : elles commencent généralement de manière tout à fait banale, mais de digressions diverses en associations variées, elles atterrissent le plus souvent dans un grand n'importe quoi où la seule règle semble être de faire chanter la langue et d'entraîner le lecteur dans le dernier endroit où il s'attendrait à aller, ne reculant devant aucun anachronisme ni élipse temporelle. On ne s'étonnera donc pas que les voyageurs au lieu d'accoster en Amérique du Sud ne se retrouvent sur la banquise du grand nord. Patrice Pluyette passe ainsi son temps à détourne à plaisir tous les codes du roman d'aventure et toutes les règles du roman en général, faisant apparaître et disparaître des personnages au gré de son bon vouloir sans que personne ne s'étonne. Et quand les personnages se retrouvent dans une situation apparemment sans issue, l'auteur s'en sort par une pirouette qui sous la plume d'un autre m'aurait sans doute fait hurler. Mais tout passe avec Pluyette parce qu'on ne peut qu'admirer l'inventivité de sa plume. Et il en appelle à tout moment au droit souverain de l'auteur, à savoir : faire ce qu'il veut de l'histoire et des personnages.
« Tout brille dans la forêt en cet instant. Les yeux aussi, du reflet de l'eau, et d'excitation. Car les troupes croient que le terme du voyage est proche. L'issue facile. On remonte le fleuve et on trouve Païtiti. Youpi. Criez victoire si vous voulez, serrez-vous dans les bras, plongez sous les bulles du fleuve sans craindre les gardes en peau de croco, mais cinquante bons kilomètres attendent les jambes, c'est l'auteur qui vous le dit. Remonter le fleuve signifie marcher vingt jours à raison de deux kilomètres cinq par jour, et la nuit va bientôt tomber, un lieu de camp doit être trouvé. Pour être en forme une bonne nuit est préférable, couchez-vous tôt, les conditions de marche ne vont pas tarder à se dégrader, le plus dur est à venir. Maintenant, chers personnages, vous faites comme vous voulez, je ne voulais pas plomber l'ambiance, mais au moins les choses sont dites. »
Vous aurez compris que je me suis régalée à la lecture de ce roman du troisième type, dont la fin m'a fait hurler de rire tant elle démonte le mythe de la chasse au trésor. Il n'aurait cependant pas fallu que l'aventure textuelle dure beaucoup plus longtemps, j'aurais sans doute fini par attraper le mal de mer !"
A la question que lui pose Cécile Charonnat, "Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire ?", Patrice, qui a choisi le pari fou de quitter l'enseignement pour se consacrer à l'écriture entièrement répond : "C'est venu un peu comme cela. Alors que je faisais mes études de lettres, j'ai commencé à écrire de la poésie, qui correspond bien à ma nature rêveuse et aérienne. Un de mes poèmes a été publié dans le magazine Ecrire aujourd'hui, cela m'a donné confiance. J'ai écrit de plus en plus. En 2001, j'ai publié un recueil de poésie, Décidément rien, mais le virage s'est réellement opéré en 2002, pendant les épreuves du CAPES, que j'ai quittées au bout de deux heures. J'ai alors compris que je n'étais pas fait pour l'enseignement et que je voulais écrire."
Patrice Pluyette décide donc de vivre de sa plume. C'est un choix audacieux, alors qu'il n'a pas encore 30 ans. Il s'en explique :
"Pour moi, écrire, c'est s'engager corps et âme. Il faut être entièrement disponible pour l'écriture. Au départ, j'ai donc fait quelques petits boulots pour pouvoir payer les factures. Je choisissais des jobs qui me laissaient du temps : enquêteur téléphonique, par exemple. En 2004 mon premier roman est publié. Béquilles raconte l'histoire d'un cascadeur contraint au repos après un accident. Ont suivi deux autres romans, Vigile et Blanche. Maintenant, je me débrouille entre les aides du Centre national du livre, des interventions dans des lycées et des à-valoir de mon éditeur. Le but est de vivre de mes ventes."
Epoustouflant ! Je ne connaissais pas cet auteur et l'ai vu vendredi 6 mars à l'émission de Georges Pernoud, Thalassa. Je me suis précipité sur La Traversée du Mozambique par temps calme. Quel livre incroyable ! L'écriture est habile et magnifique. Une sublime découverte, un livre à ne pas râter.
La Traversée du Mozambique par temps calme, Seuil, 2008. – 317 p.



